Réouverture, oui mais dans le respect du protocole sanitaire et pas au prix de l’Ecole elle-même !

lundi 8 juin 2020
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Ce 2 juin, les collègues des collèges et des lycées professionnels ont rejoint ceux du 1er degré et rouvert les établissements pour accueillir nos élèves. Entre 1er et Second degrés, l’inquiétude et le « bricolage » deviennent la norme, alors que le ministre se targue depuis le début du confinement de s’appuyer sur ces semaines écoulées pour transformer l’Ecole dès la rentrée de septembre.

Notre enquête en ligne sur la réouverture révèle que l’inquiétude reste grande : les collègues sont nombreux à reconnaître que le protocole sanitaire est difficile voire impossible à mettre en œuvre dans le 1er degré.

Tous niveaux confondus, nous « bricolons » pour garantir un semblant d’enseignement pour tous, par exemple en cumulant une charge d’enseignement en face à face et des heures de préparation et d’envois de cours à distance. Les groupes-classe sont souvent éclatés, les enseignants prenant alors en charge des élèves qui ne sont pas les leurs. Les emplois du temps sont remis en cause et il arrive même dans le Secondaire que des enseignants n’enseignent plus leur discipline mais accueillent des groupes d’élèves recomposés pour faire un succédané d’aide au devoir.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la règle qui prévaut, c’est l’absence totale de cadre national et qu’il y a et aura autant de réouvertures que d’écoles et d’établissements.

Evidemment, notre dévouement aux élèves et notre sens du service public permettent de comprendre le fait que nous acceptions, dans le contexte exceptionnel de crise sanitaire, ces remises en cause de notre métier.

Le problème, c’est que ces « bricolages » ne sont pas dissociables du projet d’Ecole du gouvernement et de la réforme de la Fonction publique adoptée l’été dernier. Comme l’explique la chercheuse Naomi Klein, toute crise est pour nos gouvernements l’occasion, face à une population traumatisée, d’accélérer leurs réformes, en particulier quand il s’agit de libéraliser les services publics : c’est la « stratégie du choc ».

Par exemple, dans l’hospitalière, les collègues ont grand mal à obtenir la réouverture des services fermés quand il a fallu concentrer les personnels sur les patients atteints du covid-19, et retrouver leurs fonctions. Les directions s’appuient sur ce qui a été fait pour qu’ils restent mobiles et donc affectables à tel ou tel service au gré des besoins de l’établissement.

Nous savons dans l’Education, que J.-M. Blanquer souhaite généraliser la multivalence disciplinaire en approfondissant toujours plus l’autonomie des chefs d’établissements tout en donnant une place importante à l’enseignement à distance. Plus récemment, il a même été jusqu’à envisager devant l’Assemblée nationale et le Sénat, une Ecole à mi-temps pour les élèves dont l’autre partie du temps serait pris en charge par les collectivités territoriales pour les activités sportives et culturelles. Une proposition de loi a même été déposée pour rendre obligatoire l’enseignement à distance Ajoutez à cela le volontariat des familles, et c’est tout l’édifice de l’Education nationale obligatoire garante de l’égalité entre les élèves qui s’effondre !

Nous devons donc rester vigilants, il en va de la protection de notre Ecole !

Quelques conseils pour la reprise :

Le protocole sanitaire doit être respecté au risque sinon d’une mise en danger des personnels, des élèves et de leur famille. Dans le Secondaire, la tenue d’un conseil d’administration exceptionnel est obligatoire avant la réouverture. Une commission hygiène et sécurité doit se tenir au plus tard dans les jours qui suivent la réouverture. Si vous vous sentez en danger, emparez-vous du Registre Santé et Sécurité au Travail (RSST) et déposez un droit d’alerte, voire de retrait. N’hésitez pas à vous appuyer sur le 4 pages CGT Educ pour vous aider.

La VS (ventilation de services) doit rester la règle : elle est dans le Secondaire le cadre protecteur en termes pédagogiques mais aussi en ce qui concerne notre responsabilité des élèves. N’acceptons pas de modification des services sans nouvelle VS.

Pour les emplois du temps, si jamais il vous en est proposé un nouveau, vérifiez bien votre volume horaire. On ne peut pas se voir imposer plus d’heures et il doit être réédité pour que vous soyez bien assuré en cas de problème. Pour les collègues non enseignants, demandez un ordre de mission précisant les jours et horaires de présence dans l’établissement pour vous couvrir.

La répartition du travail entre distanciel et présentiel doit être intégrée au temps de service. Nous ne pouvons pas accepter la double journée. Il en va de notre santé, de la qualité de notre travail et plus largement de notre temps de travail pour l’avenir. Côté enseignants, le cumul signifiera immanquablement pour le ministère que nous devons assumer encore plus de face à face pédagogique en rognant sur notre temps de travail préparatoire et de correction dans un contexte où nous avons de plus en plus à le défendre.

Ne perdons pas de vue que le distanciel n’est pas l’Ecole : peut-on réellement reprocher aux élèves de ne pas s’y être adaptés ? N’oublions pas que même le fait de se lever le matin pour s’asseoir devant un écran d’ordinateur ou d’une tablette, pour les élèves ayant la chance d’en posséder, les autres se contentant au mieux d’un téléphone portable, relève du contexte familial et que ces mêmes élèves auraient été présents dans nos cours.

Pour les classes à examen évidemment, aucune note obtenue en confinement ne peut être comptabilisée même en bonus, il en va de l’égalité de traitement des élèves devenus candidats. Faîtes-nous savoir si votre établissement a adopté un système de notation qui ne respecte pas ce cadre national d’autant que cela s’accompagne souvent de pression exercée sur les enseignants.

A l’heure où le ministère lance sa grande enquête sur l’enseignement à distance, n’oublions pas le rôle irremplaçable que nous jouons dans le face-à-face avec nos élèves. Donner des notes mais aussi évaluer l’« investissement » ou pire les « qualités humaines », en confinement et pour tous niveaux confondus, est une reconnaissance implicite que distanciel et présentiel se valent, mais introduit aussi à l’Ecole des grilles d’évaluation managériales de nos élèves en tant que personne, ne l’oublions pas.

Concernant les Autorisations Spéciales d’Absence  : nous avons des retours de personnels à qui leur gestionnaire ou leur supérieur hiérarchique indique qu’il faut revenir en présentiel car ce serait « la fin des A.S.A » à partir du 2 juin. La FAQ mise à jour le 5 juin précise les conditions d’application de la Circulaire du 3 juin relative à la deuxième phase de réouverture des écoles et établissements. Si votre enfant ne peut pas être accueilli dans son école ou établissement, vous devez fournir une attestation de l’école ou l’établissement et il vous sera proposé de télé-travailler. Si le télétravail n’est pas possible, dans ce cas, vous pouvez solliciter une ASA auprès de votre chef de service, à raison d’une ASA par fratrie. Pour les enseignants qui ne souhaitent pas remettre leur enfant à l’école, vous devez attester sur l’honneur ne disposer d’aucun autre mode de garde avant que votre chef de service décide (ou pas) de vous placer en télétravail sauf nécessité de service. Il vous sera demandé de prendre en charge l’enseignement à distance des enfants qui ne sont pas revenus à l’Ecole. N’acceptez pas des élèves qui ne font pas partie de vos classes. Il en va de notre statut. Vos élèves peuvent poursuivre en distanciel pour vos cours, rien ne s’y oppose. Pour les autres personnels ne souhaitant pas remettre leur enfant à l’école, aucune ASA ne sera délivrée et les personnels devront poser des congés ou des RTT. Nous dénonçons cette inégalité de traitement entre personnels de l’Education ainsi que le vide juridique laissé encore une fois sur la situation de nos collègues AESH.

Tout ce que veut le ministre, ce sont des statistiques, des taux de réouverture. La question des conditions d’accueil et d’enseignement ne l’intéresse pas ! Nous pouvons le refuser et continuer à défendre notre Ecole en revendiquant une préparation de la rentrée de septembre à la hauteur des enjeux : des protections sanitaires et des tests pour les personnels et les élèves, des moyens humains par un plan massif de titularisation, des locaux par réquisitions, une revalorisation salariale. Tout cela dans un cadre national en refusant l’autonomisation et la territorialisation croissantes de l’Ecole !

Le 16 juin, déconfinons nos revendications et allons soutenir les rassemblements et initiatives des collègues de la Santé !

Déjà à Melun et Meaux, des actions s’organisent à l’initiative de la CGT !

Suivez l’organisation de cette journée dans notre département ICI

Venons-y avec nos revendications, elles ne manquent pas !

Si vous avez le moindre doute, si vous constatez le moindre dysfonctionnement, si vous estimez être victime d’un abus, contactez-nous ! Votre syndicat est là pour vous accompagner et vous défendre et c’est ensemble que nous arrivons à avoir la meilleure connaissance possible de ce qu’il se passe dans notre département.


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