PROGRAMME « CLAIR » : L’AVENIR DE L’EDUCATION PRIORITAIRE S’ASSOMBRIT

jeudi 21 octobre 2010
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Annoncé au printemps par le ministre à l’issue des Etats généraux de la Sécurité à l’Ecole, le programme CLAIR (Collèges et Lycées pour l’Ambition, l’Innovation et la Réussite) a fait l’objet d’une circulaire publiée au BO 29 du 22/07/10.

Il s’applique en 2010/2011, à titre expérimental, dans 105 établissements, majoritairement des collèges. 14 d’entre eux sont dans l’académie de Créteil, dont 4 en Seine et Marne (CLG La Rochefoucauld à La Ferté sous Jouarre, CLG Beaumarchais à Meaux, CLG Les Maillettes à Moissy Cramayel, LP Auguste Perdonnet à Thorigny sur Marne). Il aurait vocation à être généralisé dès la rentrée 2011, pour remplacer l’ensemble du dispositif d’éducation prioritaire ! Si cette annonce ministérielle se confirmait, ce serait la fin des ZEP, REP, et autres zones sensibles dans quelques mois (avec donc une exclusion de fait des écoles maternelles et élémentaires).

Le programme se veut expérimental dans 3 directions : la pédagogie, la vie scolaire, le recrutement des personnels. A côté de quelques évidences (ex : mieux vaut impliquer les parents pour prévenir l’absentéisme !), et de quelques recommandations de bon sens (qui pourrait être contre renforcer la continuité pédagogique entre le 1er degré et les collèges ?), il institue une véritable machine à déréglementer l’institution scolaire.

L’appel constant à l’expérimentation pédagogique, c’est-à-dire à déroger aux règles communes en matière de dotation horaire ou de programmes, relève d’une illusion : comme si l’échec scolaire provenait de ces règles communes ! A moins que les sous entendus du texte ne soient encore plus insidieux : pour les élèves difficiles, surtout s’ils sont issus des quartiers défavorisés, des programmes simplifiés et des exigences réduites au minimum suffisent bien…

L’instauration d’un « préfet des études » par niveau (de la 6e à la 2e), choisi parmi les CPE ou les enseignants, relève d’une vision dangereuse de l’éducation, qui priverait les enseignants d’une grande part de leur liberté pédagogique. Ce préfet des études doit : assister le chef d’établissement, coordonner et animer le travail des équipes, organiser la vie scolaire, gérer l’accompagnement individualisé des élèves, organiser le lien avec les parents. Le ton employé par la circulaire sous entend qu’il aurait pouvoir d’imposer telle ou telle organisation des devoirs à la maison ou sur table, des examens blancs, de l’accompagnement personnalisé en 2e, des PPRE en collège, des stages en LP, des heures de vie de classe, et même de « l’équité des punitions »…N’y aurait il pas un côté « petit chef » là dedans ? D’ailleurs ces nouvelles missions doivent pouvoir « être valorisées dans la perspective d’un accès aux corps des personnels de direction ». Autant donner le temps aux personnels de réfléchir collectivement sur ces pratiques serait une bonne chose, autant choisir une harmonisation autoritaire est stupide : coincés entre des élèves difficiles et une hiérarchie pesante et renforcée, les collègues se sentiront méprisés et les plus fragiles seront fortement déstabilisés ; le climat des établissements deviendra très malsain pour tous, on ne voit pas en quoi l’intérêt général y gagnera quelque chose.

Et il y a encore plus grave : le recrutement. Il se ferait sur postes à profil et sur proposition des chefs d’établissement, après un entretien individuel et la rédaction d’une lettre de mission. L’affectation sera prononcée pour une période initiale de 5 ans. A partir de 2011 cette procédure concernera tous les postes de l’établissement CLAIR, les personnels qui n’adhèrent pas au nouveau projet « seront encouragés à rechercher une affectation plus conforme à leurs souhaits ». Une procédure ouvertement injuste, qui remet en cause le droit à la mobilité annuelle, qui laisse le champ libre au clientélisme inhérent à tout recrutement local, et qui risque de « piéger » pour 5 ans les jeunes collègues néotitulaires arrivant sur ces postes difficiles sans bien mesurer toutes les conséquences de cette affectation. Quant aux Chefs d’Etablissements, les recteurs pourront aller jusqu’à solliciter les candidatures de ceux qui n’ont pas demandé à muter ! On leur souhaite bon courage !

Pour conclure la circulaire aborde la prévention de la violence : diagnostic de sécurité, liens avec la police, priorité des interventions des équipes mobiles de sécurité. Comme c’est bizarre, le texte ne parle absolument pas du nombre de surveillants, de CPE, d’infirmières ou d’assistantes sociales : tous ces gens là, sans doute, ne jouent aucun rôle dans la prévention de la violence !

On mesure le danger qu’il y aurait à faire passer l’ensemble de l’éducation prioritaire sous ce régime. Avec des exigences réduites au socle minimum, avec une caporalisation des pratiques, avec une destruction totale des règles collectives, sans que jamais n’ait été évoqué le moindre moyen supplémentaire, on a une belle catastrophe à prévoir en cas de généralisation.

Le gouvernement actuel veut à tout prix occulter la réalité : l’échec scolaire est principalement du aux difficultés socio-économiques des familles, et ce d’autant plus qu’elles sont concentrées dans le même quartier. Certes il y a d’autres causes, mais toutes ont moins d’influence que celle là. Pour y remédier, il faudrait donc arrêter de casser la mixité sociale par la suppression de la carte scolaire, et doter en moyens supplémentaires, au prorata de critères mesurables et objectifs, les écoles et les établissements difficiles : une solution totalement inenvisageable pour un gouvernement prisonnier de son dogmatisme idéologique.


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